On le sait Ulysse ne voulait pas partir. S'il n'avait tenu qu'à lui, ilserait resté à Ithaque, aux pieds de Pénélope, à voir grandirTélémaque et à cultiver son champ. Il serait resté là, devant l'eauet le petit vent, à contempler le temps. Son voyage aurait été toutautre, essentiellement intérieur, mais sans doute aussi poignant. Ilse serait conformé à cet éternel recommencement quicaractérise l'Ulysse de l'écrivain-voyageur Nicolas Bouvier :Chaque soir tu regardes la timbale du soleil plonger en hurlantdans la mer pommelée.C'est à ce voyage là, tout autant imaginaire et confié aux élémentsque le fut l'Odyssée d'Homère, que nous convie Marc Buronfosse.Un voyage immobile, porté au gré des courants qui nous plongentdans cette mer Egée immuable et faussement calme. Ses remousprofonds montent en nappe des tréfonds à la surface de«Naoussa Kampos», sur cette île de Paros où le disque estenregistré. Comme pour mieux donner corps à l'invisible, il alaissé de côté le bois de sa contrebasse pour la rondeur de laFender VI sans sacrifier une once de sensualité. Entre guitare etbasse, l'instrument, chose rare, dit tout du monde qu'iltopographie : entre ciel et terre, entre terre et mer, entre soleil etombre, entre Europe et Asie... Et même peut-être au point exactde rencontre entre toutes ces dimensions, sur lesquelles il alaissé courir toute sorte de chimères électroniques comme autantde sonars qui racontent une mer placide mais inéluctable. Ellepasse sans cesse de son état liquide qui roule sur la batteried'Arnaud Biscay à son état gazeux qui s'échauffe dans l'éclatcuivré du solaire Andreas Polyzogopoulos ; une mer rappellant laPanthalassa de Bill Laswell qui bordait la musique de Miles Davis.Les phares sont identiques, mais les lieux diffèrent : soutenu parla guitare électrique caniculaire de Marc-Antoine Perrio, ÆGNtrace avec la précision du cartographe ...