Ce livre se propose d'illustrer dans un désordre qui n'est qu'auparavant - puisqu'il vient à l'image, singulièrement ordonnée, de la nature entière - un grand nombre d'attitudes et de mœurs de la faune du sud de l'Afrique, de la méduse à l'hippopotame, du bel oiseau de paradis au sinistre vautour, de l'élégance du guépard à la souillure de la hyène... Fascinant continent où la vie courd toujours, surgit partout dans sa violence et sa beauté, croit dans la prédation, fuit pour ne pas être dévorée, se perche, se tapit, se jette à l'eau pour s'échapper, et puis, comme il est inscrit dans la destinée, s'effondre déchiquetée sous les griffes et les morsures - mais se continue à travers d'autres sujets de l'espèce. Tel a pour lui la masse, tel autre la vitesse ou la supériorité des sens qui lui permet d'identifier à temps l'approche d'un prédateur. Entre les fauves eux-mêmes existent des différences considérables tenant à leur taille, leur puissance et leurs habitudes, de l'impitoyable caracal au lion, le plus grand des fauves africains. Mais agresseurs et victimes ne sont jamais seuls dans la savane ou dans le désert : les charognards terrestres rôdent aux entours des grands carnassiers, les rapaces planent et tournoient quand survient le massacre, leurs larges ailes les portent du côté de la mort et ils disputent leur part des proies aux hyènes et aux chacals. Les oiseaux, paisibles insectivores installant leurs nids sur des branchages faibles et inaccessibles, verront pourtant s'y glisser le mamba vert, à l'agilité stupéfiante, qui se fera un festin de leurs oisillons. Les scènes de chasses, de tuerie et de dévoration, nombreuses dans ce livre, expriment simplement un aspect essentiel de l'ordre naturel : la mort des uns nourrit la vie des autres - avec quelques singulières revanches parfois : les curieux geckos du désert namibien font leur proie de grandes araignées qui sont aussi capables de dévorer de très jeunes geckos... Mais ces moments de fuites éperdues et de criants carnages ne doivent pas faire oublier le règne aussi constant d'un équilibre subtil et incroyable entre tous les acteurs de la représentation naturelle qui n'est réellement compromis que par une seule espèce - l'homme. L'invention de l'arme à feu puis la période coloniale ont mis l'homme en mesure de se conduire face aux grands animaux comme un prédateur inconscient et odieux : peut-on faire " un beau coup de fusil " sur un hippopotame, un rhinocéros, un éléphant ?... L'outarde kori a failli être exterminée : elle était grande, on la voyait bien. Ce livre présente les attitudes accoutumées, l'éthologie d'un grand nombre d'espèces terrestres et d'oiseaux, à travers des photographies étonnantes, originales et d'une grande qualité, qui expriment, de l'œil caché du gecko au sourire supérieur du léopard, de la sévérité apparente du calao à la grâce de la grande koudou, la magnifique diversité du monde vivant. Admirer et comprendre ces images fauves ou tranquilles, soigneusement légendées, constituera pour le lecteur - il faut l'espérer - le début d'un itinéraire qui l'amènerait un jour, à travers les grands parcs nationaux du continent, à rencontrer de vive vue l'Afrique au cœur sauvage.