Dans les années 20-30, en Europe et aux États-Unis, les arts décoratifs et dans une moindre mesure, toutes les formes d'art dépendent et accompagnent les créations de l'architecture ; ce nouveau style, baptisé beaucoup plus tard, en 1960, Art déco, est présenté et très largement divulgué dans les grandes Expositions de 1925, 1931 et 1937 qui attirent à Paris des artistes venus du monde entier. Succédant au « coup de fouet » de l'Art nouveau, ce retour à l'ordre et aux formes épurées de l'entre-deux-guerres crée une véritable explosion artistique encore sensible aujourd'hui.Sur le plan artistique, Bordeaux participe à ce mouvement avec deux figures majeures, le céramiste René Buthaud et le peintre Jean Dupas. Leurs oeuvres, inscrites dans les édifices publics bordelais, le stade et la bourse du travail de l'architecte Jacques d'Welles, côtoient celles du Parisien Alfred Janniot pour la sculpture et, plus tard, du ferronnier Raymond Subes. Buthaud et Dupas vont aussi aborder la technique du fixé-sous-verre à l'honneur dans les paquebots transatlantiques, véritables ambassadeurs des talents français aux États-Unis.Nés à Bordeaux, l'orfèvre dinandier Maurice Daurat façonne pour les navires de grands vases-luminaires et crée des formes pour la Manufacture de Sèvres, Pierre Chareau, l'architecte meublier moderniste, les peintres décorateurs Jean Despujols et Raphaël Delorme assurent par leur talent la réputation au niveau national, voire international de Bordeaux, même s'ils ont peu ou pas travaillé dans leur ville.Pour décorer les intérieurs bordelais aménagés à cette époque, les propriétaires les plus avisés font appel, en dehors de l'école bordelaise, aux artistes en vogue. Le meilleur exemple est l'hôtel d'Henry Frugès, en centre-ville. Avec l'architecte Pierre Ferret, Frugès rassemble autour de Buthaud et Dupas, Émile Robert et Edgar Brandt pour la ferronnerie, les verriers Daum et René Lalique, le laqueur Jean Dunand, Alphonse Gentil et Eugène Bourdet...