Cible nocturne relate l'histoire d'un homme et d'un crime. Tony Duran, portoricain, ancien croupier d'Atlantic City, débarque dans un village de la pampa argentine au début des années 1970. Ses vêtements élégants, ses cheveux gominés et son accent chantant attirent immédiatement l'attention de riches éleveurs et autres gauchos. Les commérages vont bon train : est-il vraiment venu pour faire des affaires comme il le prétend, ou est-il venu rejoindre les soeurs Belladona, Ada et Sofia, jumelles rousses flamboyantes, qu'il aurait connues lors de leur voyage aux États-Unis ? La rumeur enfle lorsque Tony est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel. Très vite, Yoshio, seul nikkei (argentin d'origine japonaise) du village, est accusé. Amoureux de Tony, qu'il suivait comme son ombre, il l'aurait tué dans un élan de passion. Le procureur de la ville, Cueto, avocat aux dents longues et ancien homme de confiance de la famille Belladona, les notables fondateurs de la ville, veut classer l'affaire au plus vite et fait enfermer le pauvre Yoshio qui clame son innocence. Mais le commissaire Croce, vieux renard que Cueto n'arrive pas à mettre à la retraite, ne croit pas à l'hypothèse du crime passionnel et commence son enquête. Cible nocturne présente tous les ingrédients des meilleurs romans de Ricardo Piglia. Tout d'abord, une intrigue policière bien ficelée et qui tient le lecteur en haleine. Ensuite, une écriture dense, parsemée des réflexions politiques sur une Argentine gagnée par la violence des groupes révolutionnaires et qui vit alors dans l'attente hystérique du retour de Perón, messie pour certains, antéchrist pour d'autres. Ajoutons les fresques historiques et culturelles qui révèlent les tensions essentielles de l'histoire et de l'identité argentines : l'affrontement entre la ville et la campagne, l'amour et la haine de la pampa comme un espace qui garde les traces des conquêtes passées contre les indiens, puis les rêves utopiques et leur lot de frustrations, l'héritag...