Pierre Larousse décida vers l'âge de quarante-cinq ans de réaliser une idée qui le hantait depuis toujours : un gigantesque ouvrage encyclopédique qui contiendrait toutes les connaissances humaines sans exception. Il se mit aussitôt à rédiger son Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. La publication commença en 1864 ; le tome 15 parut en 1876, suivi par deux suppléments en 1878 et en 1890.L'oeuvre de Larousse tient un grand rôle dans la culture française par ce qu'elle reflète et transmet sur les moeurs, les attitudes, le caractère des Français. On la connaît pourtant très mal. Qui dispose d'assez de temps pour lire les 24 033 grandes pages de ce dictionnaire phénoménal dont l'ensemble correspond à une centaine de volumes de « La Pléiade » oeParmi les textes reproduits ici, le lecteur pourra apprécier, comme si ces jugements dataient d'aujourd'hui, ce qui concerne certaines notions intemporelles, la justice sociale, la philosophie politique, l'économie. Mais dans un grand nombre de domaines, la relativité de tout savoir apparaît de façon éclatante. Il serait fort aventureux de vouloir mettre en pratique les méthodes conseillées par Larousse pour soigner une bronchite, traiter le chômage, chasser la baleine, calmer un taureau, reconnaître un Bulgare,régénérer les Chinois, faire fuir un grand fauve, établir la paix dans le monde, et cetera.Et beaucoup de ses vérités scientifiques reconnues, approuvées alors par la plupart des esprits modernes et éclairés, seront perç ues aujourd'hui comme des absurdités ridicules ou monstrueuses.Le dictionnaire est aussi un remarquable témoin de la France de son temps, pays fort bizarre à nos yeux. On y ouvre les boîtes de sardines avec un fer à souder. Les pharmaciens y proposent à leurs clients de l'eau des fées et du tord-boyaux. La loi punit de prison les mendiants enrichis. Le gouvernement s'oppose patriotiquement à l'usage du méridien de Greenwich, méprisable invention anglaise. L'autopsie mutuelle e...