Le livre Huis-clos au large : un paradoxe qui n´en est pas un pour ceux qui connaissent et la mer et les hommes. Mettons tout de suite les choses au point : Coup de lame n´a rien d´un roman « marin ». On a jeté par-dessus bord le vieux lyrisme du type « mer cruelle », pour ne garder que ces six hommes enfermés dans une coque d´acier et qui font leur métier de pêcheurs de thon, à l´extrême pointe du XXe siècle. Ce qui compte ici, ce sont ces six personnages démarrés, et l´époque qui les a pris dans sa nasse et qui ne les lâche plus.Le capitaine en est peut-être à sa dernière campagne. La routine et le confort en ont fait un terrien malgré lui. Air connu : « Faute de destinée, on s´accommode d´une carrière. » Tant et si bien que le bonhomme songe plus à la taille de ses pommiers qu´à la colère des patrons de barque espagnols qui font une ronde menaçante autour de son chalutier ultramoderne. Bah, on n´arrête pas le progrès, se dit-il, songeant à son avenir de vieil homme rangé - cependant que ses hommes remâchent, chacun pour soi, des rêves qui ont un goût plus ou moins prononcé d´amertume.À ceci près que le progrès est un allié sournois, que les hommes font semblant d´avoir la peau dure... et que les coups de lame ne viennent jamais de là où on les attend.L´histoire qu´a nouée ici Marc Trillard, en serrant bien fort les noeuds de son filet, ne concerne pas seulement, on l´aura compris, cette poignée d´hommes affairés à leur métier, quelque part au large de la côte Basque. Cette histoire est aussi bien la nôtre. Et elle fait mal, très mal.L'auteur Marc Trillard, né en 1955, a conquis un vaste public de lecteurs dès la publication de son roman Eldorado 51 (prix Interallié 1994). Ont suivi Tête de cheval (1995), puis Cabotage (1996) - récit de voyage aux îles du Cap Vert.