Il est des livres qui, par la richesse des liens qu'ils savent créer et labeauté ciselée de leur écriture, se révèlent d'emblée comme des textesmajeurs, et prennent dès la première lecture la dimension d'un classique. Telest le cas du chef-d'oeuvre de Wang Anyi, Le Chant des regrets éternels, écritdans une langue si dense et allusive que le défi de la traduction n'avait jamaisété tenté jusqu'à ce jour dans une langue occidentale.Ce roman est tout entier traversé par la palpitation d'une ville, la mythiqueShanghai, déployée dans le dédale de ses ruelles, le bruissement de sesrumeurs, les nuées de ses pigeons auxquels nul secret n'échappe, et leschambres de ses demoiselles, où l'attente "use la patience de vivre". Dans unstyle poétique souvent aussi léger qu'une "aile de cigale", Wang Anyi dépeintdans ce roman en trois actes la vie d'une femme, Wang Qiyao, au nomévocateur : "Pure Jade". Reine de beauté dans le flamboiement d'un Shanghai qui connaît avant 1949 ses dernières années de liberté, partageant une passion cachée avec un notable politique, elle doit se réfugier ensuite dans une des "fissures du monde", se fondre dans l'anonymat, alors que la nuit de la Révolution culturelle s'est abattue sur la cité autrefois lumineuse. Lorsque Shanghai renaît, à l'aube des années 1980, est-il encore temps pour Wang Qiya de rattraper les jours enfuis oe