Le roman efface la distinction classique entre l'histoire et le discours. Le système des personnages, la logique des actions, l'appareil symbolique, toutes les composantes de la performance narrative - et non pas seulement le discours explicite des préfaces ou des intrusions d'auteur renvoient en profondeur à un propos collectif, souvent propos de classe. Nulle mimesis, nul réalisme n'est à l'abri du stéréotype. Qu'on n'en déduise pas cependant que le roman est tout entier programmé par un " code génétique " de modèles préconstruits. Quand il s'agit d'une oeuvre forte - les exemples sont ici empruntés à Balzac, Flaubert, Zola, Céline - une compétence inédite nait de la perturbation de l'héritage idéologique et narratif par des intuitions qui prennent leur origine dans le spectacle du monde et transforment le jeu de l'histoire, en faisant surgir au sein du discours reçu un contre-discours déviant, scandaleux, catastrophique. Double portée du roman, qui justifie la complémentarité d'une critique " matérialiste ", privilégiant les déterminations historiques de l'oeuvre, et d'une critique " formaliste ", attentive au travail du langage. La sociocritique ne peut être autre chose qu'une sémiotique.