"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs." Ce constat d'impuissance du président Jacques Chirac au Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002, n'avait plus cours lors de la COP21 à Paris, en décembre 2015. Les consciences se sont réveillées : dans l'accord signé le 14 décembre, les 193 pays présents ont convenu de la nécessité de contenir le réchauffement "bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels".Le concert de louanges saluant le tour de force diplomatique de la France ne doit pas faire oublier que cet accord n'est qu'une étape dans une course de fond qui n'en est qu'à ses débuts. Tout d'abord, chacun a noté le profond hiatus entre les fortes ambitions affichées et la somme des engagements (non contraignants) pris par les Etats. Ceux-ci nous conduisent plutôt vers un réchauffement de 3 °C en 2100, dont les conséquences seraient catastrophiques.En outre, le changement climatique est loin d'être le seul danger environnemental causé par nos modes de vie. Au-delà des problèmes d'énergie et d'émissions de gaz à effet de serre, le monde vivant est entré dans une crise globale, aux effets déjà très lourds. Le rythme de disparition des espèces donne le vertige. Sous la pression d'une utilisation toujours plus intensive des sols et des ressources, la dégradation accélérée des écosystèmes du monde entier menace des fonctions aussi essentielles pour la vie que l'épuration de l'eau et de l'air, l'alimentation, la fertilité des sols, la prévention des inondations. et la régulation du climat. Car plus de la moitié du CO2 est aujourd'hui captée par les océans, les sols et la végétation. Or l'acidification des eaux de mer, l'artificialisation des sols et la déforestation érodent ces "puits de carbone". Des écosystèmes appauvris rendent aussi les hommes beaucoup plus vulnérables aux perturbations du climat.Ces dégradations sont d'autant plus angoissantes que les processus du vivant ne sont pas linéaires : passé certains seuils,...