Le Livre des Nostalgies, - connu au Portugal sous le titre Menina e Moça (Enfant et jeune fille) - est considéré comme un roman fondateur, saisissant par la beauté de son style, son caractère novateur et l'auréole de mystère qui l'entoure. Sans doute écrit autour de 1540, publié avant même d'être achevé, puis complété par une suite déroutante (dans l'édition d'Évora), depuis bientôt cinq cents ans, il intrigue et fascine ses lecteurs. Une jeune fille solitaire, entreprend de mettre dans un livre « les choses qu'elle a vues et entendues ». La narratrice prévoit que son récit restera inachevé et elle avance comme excuse la tristesse qui l'accable : le ton est donné, le livre sera triste. Il deviendra au fil du temps l'illustration emblématique de la saudade, ce sentiment caractéristique de l'âme portugaise.Les récits successifs aux registres différents font de cette oeuvre l'amorce d'« un Décaméron sentimental ». Le livre des nostalgies réunit des univers tels que les « chansons d'ami » médiévales, le roman chevaleresque (féminin) et le roman sentimental.Le choix d'une narratrice féminine lui donne par ailleurs une grande liberté pour adopter ce ton qui lui est propre, et qui a su charmer des générations de lecteurs. La contemplation rêveuse de la nature, la compassion devant toute souffrance, l'éveil du sentiment amoureux ou l'abandon à la passion, la conviction que le malheur est le lot de la destinée humaine, sont décrits avec une justesse et une délicatesse qui font de Bernardim Ribeiro un lointain précurseur des romantiques. La richesse de l'oeuvre ne se limite pas là. On remarquera que la puissance d'émotion qu'elle diffuse n'empêche pas une critique subtile des valeurs chevaleresques, un rappel discret de la réalité de la vie pastorale, moins riante que ne l'idéalise une fiction aristocratique, une dénonciation plus ou moins voilée de l'hypocrisie sociale. Comme il y a cinq cents ans, le lecteur d'aujourd'hui devrait être séduit, voire envoût...