Jusqu'ici, l'histoire de la Commune de 1871 a été solidaire de deux grands récits politiques : celui, d'une part, du socialisme historique et de l'Union soviétique et celui, d'autre part, du républicanisme français. Dans les deux cas, la singularité de la Commune aura été diluée dans une oeuvre d'édification. C'est à rebours de ces deux récits que Kristin Ross procède à une relecture de la Commune, au-delà de ses frontières géographiques et temporelles strictes.Car pour Ross, un des traits de la Commune est justement d'outrepasser les frontières de temps et d'espace.La Commune n'est pas une série de faits qui se succèdent, du 18 mars 1871 jusqu'à la semaine sanglante.C'est le point de rencontre d'aspirations émancipatrices multiples, enracinées dans les clubs révolutionnaires de la fin du Second empire, l'Union des femmes d'Elisabeth Dimitrieff, ou encore dans la commune rurale des populistes russes.En reconstituant ces trajectoires, Ross donne à voir la Commune de Paris comme une création politique originale, fermement hostile à toute bureaucratie, tout chauvinisme et tout républicanisme. La république universelle des communards n'a ni frontières ni État, elle est un principe d'association politique libre, fédérale, d'une nouvelle communauté politique sans maîtres.Et cette nouvelle communauté égalitaire n'était pas une utopie mais le présent historique de la Commune.Kristin Ross en restitue la puissance en associant les intuitions de Jacques Rancière aux analyses d'Henri Lefebvre et de sa Critique de la vie quotidienne.La Commune fut une réinvention du quotidien, des Arts, du travail, dont le fondement était l'égalité des capacités et des intelligences.Pour l'illustrer, Ross éclaire l'ambitieux projet de réforme éducative et artistique de la Fédération des artistes - présidée par un certain Gustave Courbet et animée par l'auteur de l'Internationale, Eugène Pottier -, visant à protéger les artistes et leur autonomie, tout en encour...