Au début de ce siècle, Rossana et Giovanni quittent un pauvre village d'Italie pour Buenos Aires. Après des mois de vache enragée, grâce à la recommandation d'un compatriote rencontré par hasard, Giovanni part avec sa compagne travailler dans un domaine abandonné du nord-ouest du pays. Après la mort prématurée de Giovanni - dont son fils Juan ne gardera aucun souvenir - Rossana est demandée en mariage par le vieux propriétaire du domaine, ce qu'elle accepte avec la résignation qui a toujours été la sienne. Le roman se focalise désormais sur Juan dont il relate l'apprentissage et la vie d'adulte : un premier amour frustré, un mariage raté, une triste vie de notable de province. Servi par une écriture admirable, ce roman de l'exil - physique et métaphysique - évoque la soumission des hommes à un destin décidé par d'autres dans l'un des endroits les plus désolés de la Terre. A rebours des grands courants littéraires d'Amérique latine (le réalisme magique, l'indigénisme, le fantastique, etc.), Tizon fait entendre une voix faite de murmures et de silence, dont il faut souligner l'importance.