Messieurs les Anglais - chef et label britanniques - auront encore une fois tiré les premiers, aidés par une armée orchestrale islandaise et un pianiste québécois ! L'intégrale des oeuvres orchestrales de Vincent d'Indy nous arrive donc tout droit du Nord, de quoi faire se retourner d'Indy dans sa tombe, si l'on se souvient de son nationalisme à la limite du féroce. Ce cinquième volume rassemble une oeuvre très connue (du moins dans la production de d'Indy, assez négligée il faut le dire) : la "Symphonie cévenole" (Symphonie sur un chant montagnard français de 1886) pour orchestre avec piano principal - ce n'est pas vraiment un concerto, plutôt une symphonie concertante -, et des pièces encore plus négligées du répertoire d'Indien que sont "Saugefleurie" de 1884 et "Médée" de 1898. Pourquoi diable ne joue-t-on jamais cette musique somptueuse ? Les opinions sociales et politiques de d'Indy, assez peu "politiquement correctes" selon les canons de notre époque, auraient-elles une incidence ? Mais la musique reste la musique, sans la moindre coloration intellectuelle ! Certes, le titre "Saugefleurie" fait un peu cucul-la-praline, et certains ont reproché à d'Indy de se laisser trop emporter par Wagner. Possible, et pourtant Wagner n'aurait pas pu écrire une seule de ces mesures, intimement françaises dans la transparence harmonique et orchestrale ; en vérité, on devrait tout autant chercher du côté de Lalo, de Massenet, de Chabrier même pour les passages les plus élancés. Quant à "Médée", c'est un étonnant moment de musique évoluant quelque part entre un langage post-"Tristan" et les évidentes échappées formelles et sonores d'un Debussy. A redécouvrir d'urgence ! Peut-être cette intégrale incitera-t-elle enfin les orchestres français à rendre justice à ce pauvre d'Indy... Cet enregistrement est le premier réalisé à Harpa, la nouvelle salle de concert de Reykjavik ouverte en 2011 et considérée comme l'une des plus meilleures acoustiques du nouveau millénaire.