La vallée de la Creuse, bien qu'elle ait connu une fréquentation comparable aux autres sites majeurs du paysagisme en plein air (Barbizon, Pont-Aven, Étretat...) est restée longtemps la grande oubliée des historiens de l'art. Elle était pourtant dotée d'atouts considérables : un pittoresque naturel qui attira quantité d'artistes, une authenticité rustique exceptionnelle où la maigre agriculture n'avait guère évoluée depuis le Moyen Âge et, en n, un accès rapide depuis Paris grâce à la ligne de chemin de fer Paris-Limoges, active dès les années 1850. Son « oubli » des spécialistes du paysagisme moderne jusqu'à une date récente n'est donc pas dû à sa réalité historique ni à ses qualités intrinsèques, mais à des causes plus sourdes et autrement plus dévastatrices. La vallée des peintres de la Creuse se concentre dans trois villages : Gargilesse, Crozant et Fresselines, où la rivière ondoie entredesgorgessauvagesetdesmoulins paisibles. Elle présente, sur une trentaine de kilomètres, une géomorphologie identique et donc un ensemble pictural cohérent. Mais Gargilesse, le village de George Sand, appartient au département de l'Indre, de mêmequelerocherdela leuse,situéjuste en face des ruines du château de Crozant, lui aussi administrativement rangé dans le Berry. L'autre côté de la rivière, la rive gauche, avec le village de Crozant et, plus en amont, le village de Fresselines, appartient au département de la Creuse. Cette banale (et insigni ante pour les artistes) limite administrative a provoqué une mauvaise vision de l'ensemble, car les quelques chercheurs et érudits locaux se cantonnèrent à leur « territoire ». Ainsi tel critique d'art de Châteauroux limitait ses comptes-rendus de salons à Gargilesse, et telle tentative de recensement des paysages creusois ignorait les sites de l'Indre. Première malchance pour les peintres de la Creuse. Une autre, plus grave encore, est d'être une in me parcelle d'une des régions les moins peuplées de France et aussi, d'a...