Les propos parus sous le pseudonyme de Khou-Mi sont le journal d'un fumeur fasciné par les “ pouvoirs surnaturels ” de la précieuse substance et, dans le même temps, effrayé par la déchéance physique et morale vers laquelle elle précipite inexorablement ses adeptes. Un journal qui recueille des notes et impressions qui s'égrènent sur les trois années pendant lesquelles Jules Boissière se sentit glisser vers un enfer certain, si un remède miracle concocté par un médecin indigène ne l'avait écarté définitivement des “ sensations perfides et douces ” de l'opium. On tient là un véritable essai sur une nouvelle forme de “ paradis artificiel ” découvert par l'Occident à l'occasion de son expansion coloniale en Asie; mais les Propos d'un intoxiqué sont aussi le prétexte à de somptueuses pages sur les ambiances de cette région fascinante et mystérieuse qu'est le Tonkin pour les lecteurs de l'époque, et ce fameux bouleversement intérieur de l'homme blanc qui s'y aventure. Après cette expérience et ce sevrage, qui lui aura réclamé de son propre aveu “ quelque courage ”, il reste que Jules Boissière - de santé fragile - mourût prématurément à Hanoï en 1897, à l'âge de 34 ans. (Lettres du Mékong).