Le livre « La terre n'est plus qu'une enfant laissée à elle-même, placée surune balançoire inconnue. L'amplitude des secousses a augmenté en un rien detemps ; je ne parviens plus à tenir debout ; je dois presque mettre un genou àterre. [...] Je me retourne, machinalement, puis, comme enivré, j'émerge de cesblocs d'habitations. Derrière moi, des petits groupes d'individus s'échappentdes cages d'escalier, telle de la vomissure jaillissant d'un magistral gâchis.Cela a duré deux à trois minutes. La terre sort de sa crise d'épilepsie encrachant quelques bouffées d'air rauque puis finit par se figer. [...] Partout,il y a des ruines ! Des corps, partout ! [...] Tout cela est-il vraimentinéluctable ? » Si le séisme de Tangshan, en 1976, pointe en filigrane dans ladescription de la catastrophe de 2008 - qui a officiellement coûté la vie à88 000 personnes -, Liao Yiwu se prête dans ce journal à une réflexionapprofondie et courageuse qui prend parfois des accents de plaidoyer contre lesautorités en place. L'auteur Poète, musicien et reporter chinois, Liao Yiwu estné en 1958. Sa plume se nourrit des scènes de tous les jours, de rencontresimprévues et d'enquêtes qu'il mène auprès de ceux que l'on peut considérercomme les laissés-pour-compte d'une Chine en plein essor. Liao Yiwu a connu lesaffres de la République populaire. En 1982, il fait ses premières armes encomposant des poèmes « subversifs ». En 1990, il est condamné à quatre ans deprison pour crime politique. Précurseur de la « littérature réaliste noire »,il milite alors en faveur des droits de l'homme.