En 2010, l'écrivain John D'Agata publie aux Etats-Unis About a mountain (traduit aux éditions Zones sensibles en 2012 sous le titre Yucca Mountain), un ouvrage salué par la critique pour sa rare capacité à mêler reportage de terrain et écriture littéraire. Avant de publier Yucca Mountain, John D'Agata avait proposé en 2003 à une revue littéraire américaine de publier un chapitre de son livre, mais la revue refusa le texte en raison d'« inexactitudes factuelles ».L'extrait fut finalement publié par la célèbre revue The Believer, mais non sans passer par les mailles du «fact checker» de la revue, Jim Fingal, qui dès le début de son travail pointa les inexactitudes factuelles et la liberté d'écriture prise par John D'Agata relativement à la réalité. Fingal et D'Agata commencèrent alors une correspondance qui durera sept ans, durant laquelle le fact checker demandera maintes révisions du texte, fruits d'âpres négociations entre l'auteur D'Agata et l'éditeur Fingal.Que faire de ce corps qui tombe reproduit in extenso à la fois le texte pubié par The Believer (un chapitre de Yucca Mountain) et les sept ans d'échanges de courrier entre les deux auteurs de ce livre, qui ressemble davantage dans sa forme à une bible glosée qu'à un ouvrage de critique littéraire. Si le texte principal (au centre de la page) reproduit l'extrait de Yucca Mountain, les commentaires tout autour reproduisent les âpres discussions entre D'Agata et Fingal dont la question centrale est celle-ci : quelles sont les limites de l'essai, et quelles sont celles de la littérature ?Il s'agit donc d'un ouvrage à quatre mains qui interroge l'essence même de l'écrit, à savoir : quelles sont les limites respectives du reportage ou de l'essai (où les faits se doivent d'être retranscris avec la plus grande exactitude possible) et la littérature (laquelle peut prendre quelques libertés avec la véracité des faits pour mieux les transcender) ? Un essai qui transformerait les faits pour se rapprocher de...