«Trente kilomètres. Dans quelques instants, s'il me plaît et une fois encore, je mangerai Séville. La Giralda, la plus belle glace à la pistache du monde, je la lécherai. Ce sera mon dessert mais, auparavant, j'aurai dévoré la Maestranza et mon visage heureux en sera barbouillé de crème rose et blanche.Tout autour de la plaza, les drapeaux pendent, inertes. Il y a complot du vent et du soleil, immobiles, pour que la corrida soit bonne, si les toros ont fantaisie d'être nobles et les toreros quelque envie d'avoir la grâce brave. A la porte des cuadrillas, bras gauche solennellement replié en écharpe dans la cape de parade, c'est l'éblouissement de leur apparition. En tête, derrière des alguazils à cheval, les matadors. L'escarpin racle le sable. Un furtif signe de croix terminé par un baiser qui effleure le pouce. La montera arrimée au ras des yeux. On s'avance mais si un torero a été récemment tué, dans n'importe quelle plaza d'Espagne, c'est tête nue, en signe de deuil, qu'on effectue le paseo. On s'avance au son de la musique. On salue la présidence. J'ai quitté Carmona. Je roule vers Séville. J'entre dans l'arène. Je salue la Giralda, main droite portée à ma montera. Elle s'incline et me rend mon salut."