Les créateurs d'aujourd'hui – metteurs en scène, acteurs, décorateurs, auteurs – passent facilement de la scène à l'écran ou vice-versa, à la recherche d'autres modes de création et de narration, de techniques et de contacts différents, voire de remise en cause. Un retour aux racines de ce siècle finissant découvre les premières manifestations de ces étroites relations, permet d'analyser leur fonctionnement. Le cinéma naît alors que le « vieux » théâtre s'est déjà engagé, à travers une critique du réalisme académique, dans la voie du renouvellement radical de ses formes. Souvent, la polémique s'embrase. Enfant de la technique et attraction foraine tout à la fois, le cinéma cherche à s'émanciper du poids et de la tutelle de la scène qui lui fournit pourtant du « prêt-à-filmer ». Et celle-ci qui craint sa concurrence, pourra le dévaloriser en lui déniant toute qualité artistique. À la relation conflictuelle se substitue très vite un réseau serré d'influences réciproques, né de l'expérimentation, de l'échange, des circulations, emprunts ou imprégnations. Ce sont des artistes venus des variétés ou de la scène d'avant-garde (Chaplin, Buñuel, Eisenstein) qui portent le « muet » à son sommet. Le cinéma, qui transforme le regard du public de théâtre, est une école pour les homme de la scène. Il s'affirme comme un art à part entière, capable s'il le faut, de transposer des pièces en films originaux (René Clair). Le théâtre en révolution s'enrichit à son propre contact d'un bagage nouveau, fait éclater ses propres limites (Brecht, Meyerhold, K.H. Martin). Et tous deux s'emparent des grands mythes contemporains : masses en scène, masses à l'écran. Deux volumes qui traîtent des interactions fécondes entre ces deux arts, au début du siècle, dans une confrontation des pratiques, des aires culturelles et des angles d'approches, avec pour temps fort, le carrefour capital des années vingt.