À un moment où l'Europe connaît une montée de l'extrême droite et des revendications identitaires, que le terrorisme bouleverse mondialement les esprits et les vies, que les guerres au Moyen-Orient sévissent depuis plus de 10 ans et que les réfugiés traversent les pires épreuves de l'exil, ce numéro de Tumultes propose de relire Simone Weil (1909-1943) à l'aune de nos inquiétudes sociales et politiques. D'inspiration platonicienne et pourtant matérialiste, intellectuelle et ouvrière, mystique et politique, cette femme à la vie fascinante et tragique laisse derrière elle une oeuvre complexe qui, au premier abord, peut paraître hétéroclite, voire contradictoire. Pourtant l'on remarque, des Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934) jusqu'à L'enracinement (1943), une volonté constante de maintenir un contact réel avec le monde en vue d'en diminuer le malheur.Il faut, pour Simone Weil, comprendre les effets de la force et de la domination sur les différentes dimensions de l'organisation sociale et psychique, tout en cherchant les voies par lesquelles on peut répondre aux différentes formes de répression. En ce sens, le maintien de la pensée, en tant que résistance intérieure visant à perdurer dans la lucidité malgré le malheur, est une manière de contrebalancer la violence et les aléas du politique.Ceux et celles qui souffrent le plus sont souvent ignorés socialement. Le malheur rend muet, inaudible, invisible. Attentive à la conjoncture du réel, aux événements, aux jeux de pouvoir et aux effets mécaniques des forces qui transforment les hommes et les femmes en « choses », Weil évite tout espoir creux, ou imaginaire. Son réalisme politique ne l'empêche néanmoins pas d'y conjuguer son aspiration vers le Bien et l'éternel. Car le malheur, fait-elle remarquer, est une déchéance sociale et transforme toutes les sphères de la vie humaine. La réponse au malheur est politique ; mais ne saurait être cantonnée à la sphère traditionnelle ...